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Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /Juil /2009 17:19


Pour l'opposition, la présidence d'Ali Ben Bongo ne serait qu'une continuation du règne d'Omar. "La dilapidation va continuer, avec le risque de provoquer des guerres entre les ethnies, entre les classes sociales", estime Emmanuelle Nguema, porte-parole du parti d'opposition Bongo doit partir (BDP), dont le leader Daniel Mengara pourrait voir sa candidature interdite par la loi électorale.

Sans parler de guerre interethnique, Antoine Glaser constate qu'"Ali Ben Bongo n'a pas la capacité d'arbitrage de son père entre toutes les communautés". Pas vraiment populaire, le fiston "ne fait pas l'unanimité dans sa propre région d'origine", selon le journaliste. Ce ne sont pas ses goûts luxueux qui vont le rapprocher du peuple: d'après une enquête du quotidien Libération, Ali Ben Bongo s'est offert entre 2001 et 2002 des Mercedes, Ferrari et Porsche pour une valeur de 214 000 euros.
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Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /Juil /2009 16:53
 
Les candidatures à l’élection présidentielle du Gabon se multiplient depuis le 17 juillet, tant au sein de la majorité présidentielle que de l’opposition. André Mba Obame, ancien ministre de l’Intérieur et de la Coordination et du suivi du gouvernement, a révélé ses ambitions vendredi. Bien que son parti, le PDG (Parti démocratique gabonais, au pouvoir), ait fait d’Ali Bongo Ondimba, fils du président défunt, son candidat officiel, il a décidé de se présenter lui aussi. André Mba Obame se veut le digne et véritable héritier d’Omar Bongo Ondimba dont il entend poursuivre l’œuvre.

Samedi 18 juillet 2009, par Franck Salin  

Dans le hall d’un grand hôtel parisien, André Mba Obame, 52 ans, accueille souriant et courtois les journalistes qui successivement viennent l’interviewer. L’homme est de toute évidence rodé à l’exercice. Docteur en sciences politiques, ce natif de Medouneu dans le Haut Como, après avoir été l’un des principaux animateurs de l’opposition gabonaise à Paris, a intégré dès l’âge de 27 ans le cabinet du président de la République. A 33 ans, il a fait sa première entrée au gouvernement au titre de ministre de l’Agriculture. Depuis, il a assumé de nombreuses fonctions politiques et charges ministérielles. Après les élections de 2005, il a été nommé ministre de l’Intérieur, poste qu’il a quitté en juin 2009 pour occuper celui de la Coordination et du suivi de l’action gouvernementale. Aujourd’hui libre de toute charge ministérielle, il se présente à l’élection présidentielle gabonaise alors même que son parti, le PDG, a choisi pour candidat le fils d’Omar Bongo Ondimba, Ali – l’ami avec lequel il avait créé les « Rénovateurs », un groupe de réflexion qui a œuvré dans les années 80 pour le retour du multipartisme. Au sein du parti au pouvoir, André Mba Obame n’est pas le seul à contester l’investiture d’Ali Bongo. Jean Eyeghé Ndong a démissionné de son poste de Premier ministre et présenté, hier lui aussi, sa candidature à la présidentielle. Issus tant de la majorité présidentielle que de l’opposition, les prétendants à la magistrature suprême, qui ont jusqu’au 22 juillet pour se faire connaître, se font chaque jour plus nombreux. Cependant, André Mba Obame est confiant quant à ses chances de remporter le scrutin dont le premier tour est fixé au 30 août. Entretien.

Afrik.com : Quelles raisons ont motivé votre candidature à la présidentielle ?
André Mba Obame :
D’abord parce que vingt-cinq ans durant, à force de travailler aux côtés du président Omar Bongo, il nous a inculqué le goût et la volonté d’œuvrer au service des Gabonais. Il n’a eu de cesse de rappeler que travailler au développement du Gabon est une longue tâche, qui se fera sur plusieurs générations. Dieu l’ayant rappelé à lui, c’est mon devoir de prendre le relai. Je suis d’une génération qui a longtemps profité de ses conseils, donc en tant qu’ancien compagnon et disciple, j’ai décidé de me présenter devant les Gabonais pour le remplacer. Ils choisiront le candidat le plus apte, et je crois être capable d’assumer la fonction de président.

Afrik.com : Quelles sont les grandes lignes de votre programme ?
André Mba Obame :
On a coutume de dire au Gabon que ce ne sont pas les lois et les programmes qui manquent, mais plutôt l’application volontariste de ces programmes. Tout le monde s’accorde à dire que ces dernières années, sur un plan institutionnel, le Gabon a connu de grandes avancées. Le Gabon fonctionne de ce côté. Là où le bât blesse, c’est sur le plan social. Il faut que tous les Gabonais aient un emploi, un toit, et l’accès aux soins. Tous ces points, avec le budget que nous avons, sont à notre portée si un temps soit peu de volonté politique, de méthode, de rigueur sont mis en œuvre, sans avoir peur non plus de sanctionner la corruption. Contre les détournements de fonds publics, les moyens existent. Manque une volonté politique qui permettrait aux Gabonais de profiter pleinement des richesses de leur pays.

Afrik.com : Doit-on lire dans vos propos une critique du bilan d’Omar Bongo ?
André Mba Obame :
Je ne critique pas. Je constate une insuffisance, un dysfonctionnement du système actuel auquel j’appartiens. Je ne vais pas faire la politique de l’autruche. Tout le monde sait que notre pays est victime de la corruption, des détournements. Un homme ne peut pas être tenu pour seul responsable de tous les problèmes. Nous tous, hommes politiques, avons notre part de responsabilité. Il faut mettre un terme à ces problèmes et faire la promotion de la bonne gouvernance.

Afrik.com : Vous êtes membre du PDG, le parti au pouvoir. Pourquoi vous présentez-vous à l’élection présidentielle alors qu’il a désigné Ali Bongo candidat ?
André Mba Obame :
Vous avez suivi les retombées de la désignation ? L’objectif était de présenter un candidat consensuel qui amènerait le PDG à la victoire. Mais le candidat retenu n’est pas consensuel et la victoire est compromise. Dès le départ, il y a une quinzaine de jours, je m’étais inscrit en faux contre cette démarche. Et les faits me donnent raison. Il y a une cascade de démissions dans le gouvernement, à commencer par le Premier ministre et premier vice-président du parti (Jean Eyeghé Ndong, ndlr). Et en plus du ministre d’Etat aux Mines et au Pétrole Oyé Mba, on cite d’autres noms. Ce qui veut dire que le PDG est en train d’imploser.

Afrik.com : Le PDG avait pourtant présenté votre ami Ali Bongo comme le candidat du consensus…
André Mba Obame :
Quel consensus ? Peut-être a-t-il les moyens du consensus. Mais je constate simplement que suite à sa candidature, il n’y a en a pas… Il est important pour nous qui croyons à l’héritage du président, qui n’avait jamais été le candidat du PDG mais de l’ensemble du peuple, que ses idéaux se perpétuent. Je n’ai rien contre mon frère, mais je veux qu’il sache que, comme lui, j’ai le droit d’exercer mes droits de citoyen, de me présenter à la présidentielle, et que les Gabonais choisiront le candidat le plus apte.

Afrik.com : Il y a quelqu’un qu’on n’entend pas beaucoup en ce moment : Pascaline Bongo. Pensez-vous que le pouvoir sera envisagé comme une affaire de famille et qu’elle s’associera à son frère pour faire front contre vous et les autres candidats en lice ?
André Mba Obame :
Une élection présidentielle ne peut être une affaire de famille. Ce qui doit guider la famille Bongo, c’est l’intérêt du pays. Soit ils soutiennent l’un des leurs parce qu’ils estiment que c’est le meilleur candidat pour défendre l’héritage du président défunt. Soit ils considèrent qu’un autre candidat est un meilleur choix et ils le soutiennent. Le sang ne doit pas parler, car dans un pays vous ne trouverez jamais une majorité de gens de votre sang. Le principal est de défendre le meilleur projet et de le soutenir, dans l’intérêt des Gabonais. Adopter une autre attitude, ce serait faire beaucoup de sentimentalisme pour rien.

Afrik.com : Il y a cette année beaucoup de candidats à l’élection présidentielle. Ils sont issus du PDG, de le majorité présidentielle, de l’opposition. Est-ce, selon vous, un signe inquiétant ou rassurant pour l’avenir du Gabon ?
André Mba Obame :
Je préfère voire cela comme un signe rassurant pour la vivacité du système démocratique gabonais. Avant, lorsqu’on décriait le Gabon, on pointait du doit la candidature unique. Maintenant, le fait qu’il y ait cinq, dix, vingt candidats montre la bonne santé du système politique gabonais.

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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 22:35
       
   
Vendredi, 03 Juillet 2009 14:01
Un grand maitre a dit u n jour que le pèlerin égaré doit se faire montrer la lumière.

A la lecture de l’article posté ce jour sur le site internet de l’Union du Peuple Gabonais (UPG) au sujet de la déclaration faite par  le Ministre français des Affaires Etrangères Monsieur Bernard Kouchner lors de son passage au Sénégal, je souhaite vivement apporter un rectificatif.

Au moment où la classe politique gabonaise d’un commun accord pense que l’organisation de l’élection du Président de la République ne peut pas s’organiser matériellement dans un délai de 45 jours au maximum et  cherche à s’accorder sur un délai  plus raisonnable afin de permettre à notre pays d’organiser une élection transparente, libre et crédible, Monsieur Bernard Kouchner dans sa grande hypocrisie, estime pour sa part que ladite élection ne peut pas se tenir au-delà d’un mois.


Cette attitude de la part de Monsieur Bernard Kouchner, prouve  qu’il se trompe sur toute la ligne et montre à  suffisance que ce dernier ne connait pas les réalités gabonaises dans tous ses contours  ainsi que les dispositions légales visant la constitution qui codifient  l’organisation de l’élection du Président de la République.

Vous constaterez chers internautes que Monsieur Bernard Kouchner, fidèle à son attitude d’apprenti sorcier se risque à donner un avis non autorisé qui montre son ignorance de la loi portant disposition commune à toutes les élections politiques en République Gabonaise.

Monsieur Bernard Kouchner  habitué à se mêler de qui ne le regarde pas a pris le risque de démontrer à ce sujet qu’il était encore devant ceux à qui il apprenait à faire leur métier. Non ! Monsieur Kouchner, cette période est définitivement révolue.

Attendez que vous soyez sollicité comme à l’époque pour que vous apportiez votre contribution cette fois-ci à titre gracieux, car le Gabon doit réserver son argent pour se construire et non pour acheter les conseils non conformes aux dispositions légales du Pays. Merci de comprendre ce conseil.
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Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 19:54

Au micro de RFI, Rose Francine Rogombé, présidente par intérim du Gabon, évoque les perspectives politiques de son pays après la mort du président Omar Bongo Ondimba. Elle précise notamment que le délai pour organiser la présidentielle pourrait dépasser les 45 jours. C’est le terme prévu par la Constitution, sauf « cas de force majeure ».

RFI : Le 8 juin, le président Bongo est décédé. Comment combler ce vide maintenant ?

 

 

Rose Francine Rogombé, présidente du Gabon par intérim.
(Photo : Reuters)

 

Rose Francine Rogombé : Ca va être difficile. Mais dans l’héritage qu’il nous a légué en dehors de la paix, de l’unité, il nous a légué les institutions. Donc, depuis qu’il a été rappelé à Dieu, nous nous efforçons de respecter la Constitution et nous allons essayer de nous en sortir parce que c’est quand nous sortirons de la légalité que nous aurons des problèmes. C’est toujours très difficile de remplacer un grand homme. Mais si nous respectons la légalité que lui-même avait souhaitée, cela va nous permettre d’avancer un peu plus loin.

RFI : Pendant les deux jours qui ont séparé son décès du moment où vous avez prêté serment, il y a eu des hésitations, il y a eu des flottements…

RFR : Je ne l’ai pas senti parce que j’ai prêté serment le 10. Je n’ai pas senti qu’il y avait eu une hésitation. Non, tout le monde était dans la douleur et tout le monde était serein.

RFI : On s’est tout de même demandé s’il n’y aurait pas un coup d’Etat constitutionnel comme au Togo en 2005 ?

RFR : Le Togo, c’est le Togo. Nous, nous sommes au Gabon. Nous au Gabon, nous avons opté pour respecter la Constitution et nous la respectons jusqu’à présent.

RFI : Au début, certains disaient que vous n’étiez pas un poids lourd du PDG (le Parti démocratique gabonais), que vous seriez peut-être malléable. En fait, non. On s’aperçoit que vous êtes une femme de caractère…

RFR : Je dois vous avouez que j’ai le soutien de beaucoup dans la classe politique gabonaise actuelle. Je demande des conseils à pas mal de personnes et je pense que tout le monde collabore pour que nous continuions à œuvrer dans la paix.

RFI : Il y a eu un certain nombre de pressions sur vous quand vous avez remanié le gouvernement. Et finalement, vous avez gardé le même Premier ministre et vous avez changé de ministre de l’Intérieur. Pourquoi ?

RFR : J’ai reconduit la même équipe. Même ceux que j’ai déplacés, ils sont quand même au gouvernement parce que nous allons entrer dans une période de campagne. Notre mission principale, c’est de faire élire un nouveau président. Donc je n’avais aucune raison de me séparer de collaborateurs que le chef de l’Etat lui-même avait laissés en place.

RFI : Sauf avec le ministre de l’Intérieur ?

RFR : Ah non, (rires) le ministre de l’Intérieur, c’est un collaborateur mais il n’est pas le seul à avoir changé le portefeuille.

RFI : Alors cette présidentielle, quand aura-t-elle lieu ?

RFR : Nous essayons de rester dans la ligne du délai que nous impose la Constitution. Si jamais… - mais ce n’est pas possible -, eh bien il y a d’autres institutions qui fonctionnent, qui sont là. Il y a des spécialistes qui vont nous dire s’ils peuvent constater un cas de force majeure comme le prévoit la Constitution et peut-être prévoir un délai pas trop court, parce qu’il ne faudrait pas aussi qu’on donne l’impression que nous voulons bâcler. Il ne le faut pas trop long non plus, sinon on rentrerait dans l’illégalité.

RFI : Les partis d’opposition que vous avez reçus la semaine dernière vous ont demandé  un délai de cinq à six mois pour faire un bon peignage des listes électorales ?

RFR : Effectivement, ils ont demandé une prolongation de trois mois, quatre mois, cinq mois, d’autres jusqu’à six mois, mais ils ont oublié que ce sont eux qui ont voulu, à la sortie de la Conférence nationale, que ce soit quarante-cinq jours ou plus. Nous ne voulons pas tomber dans l’erreur de suivre les avis des uns et des autres qui sont contraires à la Constitution parce qu’après, je ne serais plus couverte par la loi.

RFI : Et franchement, croyez-vous qu’un délai de 60 jours, comme le propose le PDG, suffira ?

RFR : Oui, on peut puisque le fichier électoral que les partis de l’opposition contestent maintenant... Les députés et les sénateurs de l’opposition qui sont au Parlement ont été élus sur la base de ce même fichier électoral. Maintenant, on va essayer de voir ce que les spécialistes peuvent nous accorder comme délai.

RFI : Madame la présidente, vous êtes populaire au Gabon. On l’a vu le jour des obsèques, vous avez été applaudie. N’est-ce pas aussi parce que, pour un certain nombre de Gabonais, vous êtes la personne qui empêchera un scénario à la togolaise débouchant sur une succession dynastique en faveur d’Ali Bongo ?

RFR : Mais nous ne sommes plus au stade du Togo. Nous sommes au Gabon. Ici, nous parlons d’élections. Tous les Gabonais sont libres de se présenter. D’ailleurs, je sens qu’il y aura plusieurs candidatures. Je le sens. Vous savez, nous les femmes, on sent toujours les choses venir. Mais quand je regarde un peu, je me dis… il y aura sûrement plusieurs candidatures.

RFI : Au sein du parti PDG ?

RFR : Peut-être, pourquoi pas ? Il faut s’attendre à tout.

RFI : En tout cas, il y aura des primaires ?

RFR : Je ne sais pas s’il y aura des primaires puisque nous avons opté pour le consensus. Donc je crois que nous allons essayer de gérer ça au maximum pour que nous n’allions pas aux primaires parce que vous savez, les primaires, ce n’est pas toujours juste. Vous avez l’exemple chez vous en France. Ce n’est pas toujours juste.

RFI : (rires) Le Parti socialiste français...

RFR : (rires) Voilà, vous avez tout compris.

RFI : Est-ce qu’il y a un candidat naturel au sein du PDG ?

RFR : Pour le moment, on ne peut pas parler de candidat naturel puisque le président est parti sans nous laisser un nom, sans nous dire quelque chose. Le PDG va certainement investir un candidat. Ils se mettront d’accord auparavant pour en choisir un mais il ne faudrait pas aussi qu’on soit surpris si des candidatures indépendantes se glissent. Vous savez, nous sommes dans le domaine politique et il faut s’attendre à tout.

RFI : La Constitution vous interdit d’être candidate. Mais avez-vous une préférence ?

RFR : Non je ne ferai pas connaître ma préférence parce que, si je le fais, ça veut dire que je vais orienter l’électorat. Il faut laisser le droit parler.

                              Propos recueillis par Christophe Boisbouvier

 

 

 

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Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 19:39
Jeudi 2 juillet 2009 


Quelle "chance" d'avoir un président qui reste 20,30 ou 40 ans au pouvoir ? Que cache la rhétorique utilisée à l'occasion du décès du président Bongo ?

Par Jean-Jacques Dikongué.

Le décès du président gabonais a permis, pour l’Afrique francophone du moins, de mesurer la chance qu’avait le continent d’avoir des hommes d’état capables de rester 20, 30 voire 40 ans au pouvoir. Une marque, un symbole de sagesse, une preuve d’un aplomb certain en matière politique. Ainsi apprend-t-on de certains homologues africains et occidentaux du défunt président et même des médias hexagonaux pourtant …Vaste programme !

"pour les occidentaux, l’identité paix sociale ou stabilité = pauvreté, n’est décidemment vérifiable que pour le continent noir " 
JJ Dikongue


Au-delà de l’affliction, que le propos vienne des chefs d’état africain, n’est en aucun cas une surprise pour au moins deux raisons. Pour illustrer l’une des raisons, il semble judicieux de citer Amadou Hampaté Bâ qui disait : “ En Afrique lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle“. Oui ! Une certaine sagesse vient de s’en aller avec la disparition de monsieur Omar Bongo. En ce sens, il est fort heureux de constater que malgré le séisme d’acculturation et d’aliénation imposées et subies qui frappe l’Afrique, elle réussit à garder une de ses valeurs : le respect de ses ainés, de ses anciens, de ses vieillards.


Malgré la circonlocution que l’on est tenté de relever dans les propos, elle cache mal, la seconde raison. Les considérations plutôt d’ambitions personnelles dont politiques sous-tendent la rhétorique de certains présidents africains à l’endroit du président gabonais et traduirait leur aspiration à battre le record de longévité à la tête d’un état, record que détient de fait le défunt président Omar Bongo. Les multiples révisions, mieux, les découpages sur mesure des constitutions observées ci et là dans les pays d’Afrique francophone expriment et dévoilent au grand jour ce vœu secret des chefs d’états africains en poste et qui se livrent à cet exercice en vogue.


C’est à croire finalement que la chanson populaire qui nous apprend que “ la misère serait moins pénible au soleil “ n’est finalement pas une vue de l’esprit, mais bien une réalité que les africains devraient à jamais intégrer. Car pour les occidentaux, l’identité paix sociale ou stabilité = pauvreté, n’est décidemment vérifiable que pour le continent noir. En dicton ceci se traduirait par : “ Soyez dans la paix, mais dans la pauvreté“. Ce qui ressemble étrangement aux discours tenus par les premiers missionnaires européens en Afrique, qui enseignaient à leurs ouailles de ne pas s’intéresser aux biens matériels car destructeurs pour leurs âmes. Lesquels biens prenaient et continuent de prendre la direction du Nord, comme si les âmes européennes n’ont vraiment pas besoin d’être préservées des méfaits des biens matériels. Fermons cette parenthèse…

 


C’est ainsi que d’une part, les longévités des présidents africains à la tête de leurs états seraient à mettre dans le compte de leur dextérité, de leur maîtrise de l’art de gouverner et de diriger leur pays respectif. Pourquoi pas ? Les populations de ces pays n’y verraient aucun inconvénient si cette longévité était également traduite pour elles par un éloignement de la paupérisation, en plus des 3 maux que le travail est censé éloigner parmi la panoplie des maux qui les menacent.

"Plus la soumission aux besoins en tous genres de l’Elysée est grande, plus la côté de popularité des dirigeants africains est au beau fixe. Le vocabulaire est à ce moment, des plus complimentant pour ne pas dire flagornant et vice versa "
JJ Dikongue


Depuis l’annonce de la mort du président Bongo, ou comme dans le Cameroun voisin, les mots susurrés ou claironnés par les médias et hommes politiques hexagonaux “stabilité, paix sociale, maitrise etc.“ caressent les lobes des oreilles africaines et invitent à l’acceptation d’une fatalité qui n’en est pas une : que la paix, la stabilité du continent noir ou de l’Afrique francophone pour être plus précis, dépend de sa grande capacité à tolérer la pauvreté qui leur est imposée.

L’ancienne juge Eva Joly décrit bien cette situation lorsqu’elle affirme, dans le concert d’hommage à l’annonce du décès du président gabonais que : « s’il avait bien servi les intérêts de la France » notamment par « la manne pétrolière », Omar Bongo n'avait pas « le souci de ses citoyens ». Le Gabon, a-t-elle dénoncé, « c'est un PIB égal au Portugal» qui « construit cinq kilomètres de routes par an» et qui a « le taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde ». Ce constat n’est pas à mettre au seul crédit du Gabon, c’est celui valable dans toute l’Afrique francophone et dans une paix sociale sans commune mesure.


Tant que l’identité stabilité sociale, paix = pauvreté est maintenue, on s’éloigne de la théorie du chaos que l’on agite en cas de soulèvement du peuple. Voilà ce qui guette les populations africaines qui ne voudraient plus s’accoutumer de la pauvreté créée de toutes pièces et maintenue par des longévités au pouvoir de leurs hommes d’état. Ce chaos que l’on retrouve en Haïti est le même que l’on retrouve ou retrouvera dans les pays africains francophones dans leurs velléités d’affranchissement. Bousculer les habitudes établies dans les pays du pré-carré français comme des havres de paix, est faire acte d’insoumission et subir l’épée de Damoclès jusque là suspendue au-dessus des populations de ces pays.

D’autre part, cette rhétorique nouvelle qui entoure le Gabon ou le Cameroun pour ne citer que ces deux là, laisse dubitatif quiconque a pris le temps d’observer l’indécente arrogance des médias et hommes politiques français à l’endroit des dirigeants africains en général et francophones en particulier sans lesquels, la France finalement n’est rien comme le rappelait avec justesse le président Bongo : “ La France sans le Gabon (l’Afrique) est comme une voiture sans carburant“.*

La versatilité de l’opinion médiatico-politique hexagonale vis-à-vis de l’Afrique francophone fait la démonstration du rapport de soumission qui est à la base de cette relation. Plus la soumission aux besoins en tous genres de l’Elysée est grande, plus la côté de popularité des dirigeants africains est au beau fixe. Le vocabulaire est à ce moment, des plus complimentant pour ne pas dire flagornant et vice versa. Comment comprendre que la longévité au pouvoir soit un jour un acte de paix et de stabilité et un autre jour une dictature ?

“ Les peuples démocratiques haïssent souvent les dépositaires du pouvoir central; mais ils aiment toujours ce pouvoir lui-même “ affirmait Alexis de Tocqueville. Cette maxime éclaire peut-être un peu plus sur l’hagiographie ambiante qui menace l’irrépressible arrogance médiatico-politique hexagonale et trahit de fait une flagornerie dont on connaît l’objectif final.


Jean-Jacques Dikongué.

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