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le silence est d'or !

 
 

 
 
 
 
En début d’année, la poste gabonaise a publié un timbre sur lequel l’inscription suivante était écrite en or pur : "Omar Bongo Ondimba. 41 ans de paix".

A première vue, il s’agit d’une reconnaissance à l’endroit de celui qui détient le record de longévité à la tête d’une république au monde dont la carrière a débuté de façon modeste dans les services des postes et de télécommunication.

Il faut dire que le pouvoir d'Omar Bongo, qui est à la tête de ce petit pays producteur de pétrole depuis 41 ans, est caractérisé par un calme relatif.

De nombreux Gabonais s'enorgueillissent de la situation dans leur pays au regard des guerres civles qui ont prévalu dans les deux Congo ou les violences ethniques dans les Grands-Lacs.

Mais la longévité au pouvoir d’Omar Bongo n’est pas uniquement due à son sens politique.

Le Gabon est, avant tout, doté d’importantes réserves de pétrole et de gaz ainsi que des ressources minières et de bois.

Par ailleurs, ce petit pays d’Afrique centrale a une population de seulement 1,4 millions d’habitants caractérisée par une faible croissance démographique.

Même si ces deux facteurs ont permis au Gabon d’être le pays le mieux classé en Afrique sub-saharienne dans le classement de l’indice de développement des Nations Unies, 70% de la population vivraient toujours avec moins de deux dollars par jour.

Alors pourquoi Omar Bongo est-il resté si longtemps au pouvoir ? Selon ses détracteurs, c’est le résultat d’une combinaison entre la violence et la corruption.

 
 

Les autorités françaises vont conduire une enquête sur les biens du président gabonais, accusé d’avoir détourné des millions de dollars de fonds publics.

Omar Bongo est l’un des trois chefs d’Etats africains accusés de détournement par la section française de l’ONG de lutte contre la corruption, Transparency International. Les président Denis Sassou-Nguesso du Congo-Brazzaville et Teodoro Obiang Nguema.

Des opposants silencieux

Les premières violences ont eu lieu dans les années 1970 quand plusieurs membres de l’opposition ont été tués. Puis en 1990, la mort mystérieuse du leader de l’opposition, Joseph Redjambe, a provoqué des émeutes qui ont secoué le régime pendant plusieurs jours.

Mais l’argent semble être l’arme secrète aux mains du président et de sa famille. C’est en effet l’argent qui a permis de garantir la paix, le silence des critiques et de consolider d’importantes amitiés à l’étranger, notamment en France, l’ancienne puissance coloniale.

Au cours des dernières années, il est devenu de plus en plus claire que, tous les opposants du président Bongo ont renoncé à leur lutte en cédant aux intimidations ou aux dons.

Même Pierre Mamboundou, leader de l’Union pour le peuple du Gabon (UPG) – considéré jusqu'à récemment comme l’adversaire le plus crédible du président Bongo – a rejoint la longue liste d’anciens opposants devenu silencieux.

Réputé être un homme intègre, qui connu l’exile et la prison, M. Mamboundou a participé à deux élections présidentielles.

En 2006, il a pourtant cessé de critiquer publiquement le président Bongo. Il n’a pas caché le fait que le chef de l’état lui a promis 21,5 millions de dollars pour le développement de sa circonscription, Ndende.

Le secret autour de la richesse du président Bongo est bien tenu, mais il serait l’un des hommes les plus riches du monde. Ses biens à l’étranger pourraient n’être que le bout de l’iceberg, mais ils donnent une idée de l’ampleur de sa fortune.

En 2007, une enquête policière concernant les biens immobiliers appartenant au président Bongo et à sa famille en France a révélé 33 bâtiments à Paris et à Nice d’une valeur de estimée à 190 millions de dollars.

En 1999, une enquête effectuée par le sénat américain sur les activités de la Citibank a estimé les avoirs du président gabonais dans les coffres de la banque à 130 millions de dollars.

Le rapport a précisé qu’il n’y avait pas de "doute que ces biens financiers provenaient de fonds publics au Gabon".

Le nom d’Omar Bongo a été aussi cité dans l’enquête sur l’entreprise pétrolière publique française, Elf-Aquitaine, dans les années 1990. Cette enquête avait fait la lumière sur un monde obscur de pot-de-vin et de fonds secrets des partis politiques.

Ces accusations sont rejetée par le président Omar Bongo, qui a décidé, début mai, de "la suspension momentanée de ses activités".

Selon les autorités gabonaises, le président Bongo se trouve en Espagne pour "y faire un bilan de santé et y suivre des soins appropriés afin d'être au mieux de sa forme pour regagner le Gabon et reprendre au plus vite ses activités".

Un porte-parole du ministère espagnol des affaires étrangères a, cependant, indiqué que l’état de santé du chef de l’Etat gabonais était sérieux mais stable.

Lutte de succession

Par ailleurs, le régime d’Omar Bongo semble être déstabilisé par les critiques suscitées par les richesses qui l’ont aidé à se maintenir au pouvoir.

Dans une lettre ouverte, très médiatisée, publiée en décembre 2008, une coalition d’organisations de la société civile a lancé une virulente attaque contre non seulement le président Bongo, mais aussi sa fille Pascaline, également son directeur de cabinet, et son fils Ali, qui est actuellement le ministre de la défense du Gabon.

Ils sont accusés de diriger le pays comme un bien privé et de tenter de se préparer pour succéder à leur père.

Bruno Ben-Moubamba, journaliste gabonais, vivant en France, et l’un des auteurs de la lettre ouverte, affirme que Pascaline Bongo prend toutes les grandes décisions du pays.

"Nous sommes à nouveau sous un régime de parti unique. Le seul moyen qui reste aux Gabonais de résister, c’est d'aller en grève et de boycotter les élections", déclare Bruno Ben-Moubamba, membre de la société civile gabonaise.

Des grèves successives dans les secteurs de l’éducation et de la sante pour des améliorations salariales montrent que les fonctionnaires mecontents commencent à se mobiliser.

Même la France, qui a d’importants intérêts pétroliers et une base militaire au Gabon, semble avoir des doutes concernant l’avenir du régime.

Dans son livre intitulé "le monde selon K", le journaliste français d’investigation Pierre Péan fait état d’un certain nombre de contrats de consultant entre le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, et le gouvernement gabonais.

La France, dont quelque 10 000 ressortissants vivent au Gabon, a discrètement envoyée en janvier un renfort de 300 hommes sur sa base dans le pays.

L’objectif serait de protéger les ressortissants français à l’étranger.

Mais l’initiative est aussi un signe évident des inquiétudes de la France concernant l’après Omar Bongo, âgé de 71 ans et au pouvoir depuis plus de 40 ans.

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